Bon, soyons clair, courir à Antibes en 2011 vous expose à des rencontres qui mènent tout droit en Ardèche en 2012. En l’occurrence le nommé Lolo Brueyre futur organisateur d’un viron de 212 bornes dans son Ardèche natale. Voilà comment on se retrouve entouré de 92 furieux un matin de Mai.
Arrivée la veille au camping d’Alboussière, petit village retranché et privatisé pour une armée de combattants et leurs fidèles accompagnateurs. Je suis flanqué de mon Bip-Bip, du poisson pilote Juju et de ma plus que fidèle Gigitte, aiguillon de toutes mes courses et pour la circonstance bénévole sur la course. Accueil enthousiaste des maillots rouges à sabots, bisous de connaissances et déjà beaucoup de chaleur ressentie pour celui qui n’est encore pour l’heure que « sympathisant Chamois » mais qui portera demain avec fierté les couleurs (merci Tibo pour ce qui n’est alors qu’un prêt).
Direction la tente commune pour le kilomètre qui sera sans doute le plus lent du week-end, fait de retrouvailles, embrassades et plaisir de retrouver les vieux amis. Une pasta partagée sous le signe de l’amitié et des nouvelles rencontres. Gitte prend la mesure de son nouveau « métier », qui de nous deux est pour l’instant le plus inquiet du lendemain ….
J 0 : Réveil 4h30, habillage, strap, petit déj, je suis prêt à en découdre, je me suis préparé aux difficultés et aux doutes qui viendront forcément m’envahir mais je suis serein et confiant. Et puis soudain, à ¼ d’heure du départ, gros coup de stress !!! Les bras réconfortant de mon Gégé sont là pour me rassurer et la main rassurante et pleine de chaleur de ma Gitte m’accompagne vers la ligne de départ.
Les Chamois sont en pole-position, derniers mots et regards fraternels échangés et en route. Tib et Titi nous « font le départ », nous partons tranquille derrière avec mon Gégé. Quelques kilos en commun et à la faveur d’une bosse, je décroche et le laisse partir avec Patrice, on se reverra dans …. une trentaine d’heures. Juju de son côté va nous assurer une double intendance pendant 40 bornes avec force encouragements et efficacité. J’alterne marche en côte et descentes prudentes pour prendre soin de la mécanique dont le coach m’a dit qu’elle allait « morfler ». De plus ce format de course avec barrières horaires m’est inconnu et même si les deux premières semblent accessibles, il faut rester prudent. J’atteint le CP4 et ma Princesse ravitailleuse avec 2 heures d’avance. Un gros câlin, les encouragements de Juju qui mitraille et en route vers la première barrière.
Curieusement, avec le recul, je me rend compte que j’ai occulté plusieurs tronçons de la course et fait abstraction du temps qu’il fait, du temps qui passe et du tant de kilos, de montées, de descentes. Je fais, au fil des heures des rencontres, des instants partagés avec nos compagnons de route mais je suis le plus souvent seul, ce qui ne me gêne absolument pas : je suis dans ma bulle et je vais y rester un beau et bon moment. Je retrouve Titi au CP7, assis et méditant sur sa course, ce ne sera pas son jour au chamois taquin mais ce n’est que partie remise.Quelques mots d’encouragements, on repart ensemble, malheureusement pas trop longtemps : j’aurais peut être du rester plus pour le regonfler, mais je suis tellement dans ma course et nous sommes si loin de l’arrivée. Et avec des si ….
Passage au Gerbier (il est où au fait) et descente des bords de Loire (sans les châteaux). Je reconnais le petit coin pique-nique d’il y a deux ans, cueille quelques jonquilles pour ma Chipie que j’ai hâte de retrouver au CP10. Photo souvenir grâce à Anny Monot qui passe par là, prise du coupe-vent et je repars vaillant vers le 100èmeatteint en 13h20.
Pour l’instant, je ne ressent que peu de fatigue, ni physique, ni mentale mais il en reste autant … alors on continue aussi tranquille et chaque CP est un objectif intermédiaire. Je récupère mon sac de nuit (pas de couchage), transféré du CP10 au CP12 par Juju (je suis plus en avance que prévu), un bon bol de soupe. Je viens de passer la 2èmebarrière et je sais déjà au fond de moi que j’irais au bout (optimiste le Coyotte ou …. inconscient).
A Antraigues, le poète Jean nous fredonne « nuit et brouillard » plutôt que « la montagne est belle » bien qu’on la devine sous le clair de lune et les étoiles qui nous guident. A 1km du col de la Fayolle, je passe le vêtement thermique pour affronter les 140èmerugissants qui vont même me faire reculer dans la montée de St Julien.
A St Pierreville, 3èmebarrière et bientôt 24 heures de course, on se retrouve autour d’une table familiale pour une bonne soupe et c’est parti pour le dernier quart. On a fait 160 bornes et je cherche toujours un petit bout de plat (c’est quoi ce pays en forme de toboggan).
Arrivé au Pont de Chervil (182ème), un gros coup de moins bien. Je suis assis à récupérer quand Marc Heurtault (voisin Seine et Marnais) et Katell Corne arrivent. Quand ils repartent, je sens que c’est avec eux que je dois continuer. J’ai passé quasiment toute la course seul et leur compagnie va être le petit plus pour bien terminer. Marc nous laissera un peu plus car les jambes le démangent et on sent qu’il commence à « piaffer ». Les 30 derniers kilomètres seront un magnifique moment de partage avec Katell, on se motive chacun notre tour et on trouve chacun une bonne raison pour …. ne pas courir. La fin est plate et facile qu’il a dit le Lolo …. Ah bon, on a du se gourer de route alors !!! Lolo vient à notre rencontre, gros moment d’émotion et tout proche de l’arrivée, je retrouve ma Princesse qui va nous accompagner jusqu’à cette banderole que j’ai tant de fois imaginé pendant mes entrainements.
Les retrouvailles avec la troupe des Chamois sont remplies d’une émotion oh combien partagée, la fatigue est telle qu’on oublie de dire à celle qu’on aime tout ce qu’on avait imaginé pour l’arrivée, alors je te le dis aujourd’hui ma Princesse :
c’est le plus beau cadeau d’anniversaire que je pouvais t’offrir, toi qui sacrifie tant à ma passion pour partager des moments aussi forts.
Le lendemain, Tibo me fera le plus beau des cadeaux en me disant de garder le maillot des Chamois pour devenir un des vôtres. Vos valeurs sont les miennes et suis très fier de pouvoir les promouvoir et les partager.
Recette de l’Ultr’Ardèche (après celle du cake à la banane) :
4 Chamois (dont 3 endurcis pour le goût).
Un bon groupe de fidèles enthousiastes.
Laisser mariner pendant une trentaine d’heures.
Partager l’émotion et profiter du moment présent.
Une bonne bière.
On peut augmenter les proportions à l’envie puisque le plaisir de partager de tels moments ne se divise pas.
MERCI A VOUS TOUS
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