
Me voilà, comme Bruno et Hugo, présent dans cette vallée pittoresque de CHAMONIX : ça grouille mais je n’y suis pas
trop sensible. Depuis quelques jours, je suis déjà dans ma bulle. Cette course a un goût particulier pour moi, et même si je me suis donné un objectif de temps, ce qui m’importe le plus, c’est
d’aller le plus loin possible, sans blessure. J’ai construit mon avancée autour de ces humbles objectifs de terminer, partager (avec mes amis) et regarder ces fabuleux paysages qui me font encore
et toujours rêver.
La réalité et le partage prendront vite le dessus, j’ai 2 amis sur la TDS et la position de Bruno m’interpelle…mais
comment fait-il ??? De plus, pas de nouvelle de mon deuxième ami et compagnon d’entrainement Jean Paul (Fourtin). La suite, vous la connaissez…
Je n’ai trouvé le sommeil, la veille de la CCC, que quelques heures avant le départ. J’attendais l’arrivée de
Bruno.

C’est donc dans un (grand) état de fatigue que je me présente à COURMAYEUR avec Christophe (Le Saux) et Maud (Combarieu)
mais l’ambiance est bonne. « Chris » est un boute-en-train.. Son sens de la fête et ses qualités exceptionnelles de sportif me laissent pantois.
De plus, être à ces côtés veut dire passer partout sans autre formalité que de saluer commissaires et autres
organisateurs. (Bus, dossards…)
A 10h et 2 minutes, la première vague est lâchée, toujours cette même ambiance de fête et d’émotion autour de ce long
serpentin de coureurs. Comme à chaque fois, je vois des gens pleurer sur le bord de la route…les cloches carillonnent….et très vite, le souffle devient court : on attaque « direct » la
montée de Bertone. Il me faudra moins d’une heure pour y parvenir (59’39’’), je mettrai quasiment le même temps pour rallier Bonati. Un grand bol de soupe et hope, voici Arnuva où m’attendent des
amis et des collaborateurs des années précédentes (j’ai été 3 ans bénévole à cet endroit). J’y reste 3 minutes et attaque le grand col Ferret, problème : j’ai sommeil…vraiment trop
sommeil.
Dans la descente, je décide de me poser !!!, je plonge dans la seconde où je m’allonge.., je suis réveillé par un
coureur au bout de 20 minutes.Pensant que j’ai fait un malaise ! je repars pour la Fouly. Maintenant, c’est l’estomac qui me fait défaut : je ne peux plus rien avaler et pour la
première fois, le doute s’installe : je ne suis qu’au km 30 et déjà je me pose des questions.
La, j’ai un énorme coup de blouse, beaucoup de coureurs s’arrêtent, les orages sont annoncées ainsi que des modifs de
parcours. J’envoie des messages à Manue, je lui annonce mon intention de rester à la Fouly, peut-être d’arrêter…dans la minute qui suit.
Alors que j’ai déjà retiré le sac, mon téléphone sonne : c’est notre Chamois d’or. Il parle posément,
harmonieusement, me rappelle ce dont je suis capable, m’indique ce qu’il peut faire pour moi, ce que les autres peuvent faire et la vocation et la combativité d’un « Chamois du
Nivolet » Il m’en faudra pas plus pour renfiler mon sac, relacer les chaussures et repartir en direction de Champex, je sais que des Chamois m’attendent plus loin, je retourne au
combat.

A Champex, je me refais une santé, prend le temps de manger, de
dormir ( !!!) et attaque les 13km700 qui me sépare de mon comité de soutien (Thibaud, Manue, Bruno) Même Gégé m’a envoyé un sms. J’arrive à Martigny, tout le monde est là, je suis bien, de
mieux en mieux et même malgré la pluie qui commence à tomber. Il est 21h30, chacun m’apporte son énergie, ses encouragements. Je vie un moment très très intense : les mots de TIBO, la
présence et le fait que malgré la TDS dans les jambes, Bruno soit là, la bière de Manue auront raison de la tempête annoncée au col de la Forclaz.
Je me change totalement : frontale, sous couche, sur couche, vêtements de pluie, bonnet, gants et musique. Je salue
chaleureusement mon « TEAM-CHAMOIS » et m’enfonce dans la nuit. Je sais que plus rien ne pourra m’arriver. Je grimpe le col dans le vent, la pluie et l’orage en moins de 1h40 pour les
1200m de D+.
Il fait très froid et c’est à coup de glissades et de rattrapages dans la descente de Trient que je boucle cette partie,
qui sur le papier, semble la plus difficile mais plus rien ne m’arrête. Je prends du temps pour me refaire quand même, j’ai les pieds douloureux, la pluie devient tempête, je mange
beaucoup ! mais je n’arriverai jamais à boire mon café. Je tremble comme une feuille, ma boisson chaude se terminera au sol entre la tente repas et celle des médecins. La mauvaise surprise
sera dans les chaussures: l’eau et la boue ont ravagé mes orteils. 45 minutes de soin seront nécessaires pour remettre mes pieds en état de marche.
Il est 1h30 du matin, beaucoup refuseront de repartir, j’aborde le sujet différemment : maintenant, on
rentre !!! La suite ne sera que volonté d’arrivée en collaborant avec des « zombies » perdus dans la nuit… et d'introspection.

Les 5h qui me séparent de l’arrivée passeront finalement assez vite, au rythme des claps-claps des chaussures collées
dans les flaques de ces futurs finishers en mal d’arrivée. Vers 4h30, les éclairs s’estompent, la pluie aussi. On dirait que la météo s’apprête à nous accueillir dans la vallée de Chamonix, comme
pour nous dire : je renonce au combat : tu as gagné !
Vallorcine, Argentière… et les lumières de « CHAM ».
Malgré les 3 bosses qui finissent de pulvériser mes doigts de pieds, je recommence a courir. Nous nous retrouvons à 5
dans la nuit. On ne parle pas, on se sert les coudes dans la dernière descente qui nous amène directe dans les rues endormies de la ville.
Quelques encouragements de passionnés m’envoient les ressources pour finir ces quelques km de bitume où j’en avais
presque oublié l’existence. Le dernier km sera une étrange impression de mission accomplie.
Je pense à mes amis, ma famille, à l’association Laurette Fugain, ceux qui sont dans la souffrance et que je ne peux même
pas aider. Je ne pense même plus à dormir, je fais un footing de rentrer dans Chamonix, je suis applaudi, quelques badots me regardent éberluer et moi, je suis tout simplement :
HEUREUX.

Merci a tous ceux qui m’ont permis de parvenir à cette quête…
Merci à Manue

Merci Thibaud, Bruno
Merci Christophe, Maud
Merci Gégé, Lolo, Louis, Jean-Paul, Claudine, Xavier, Philippe
C’est un rêve de pouvoir partager ça avec vous……
PATRICE
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