Mercredi 23 septembre 15h05 :
Le vol LX1822 en provenance de Genève atterrit en douceur sur le tarmac de l’aéroport E Vénizelos d’Athènes.
Les chamois du Nivolet posent ainsi pieds en sol grec, mais que viennent-ils faire loin de leurs montagnes ? Se prélasser sur le sable blanc et chaud d’une des plages de Mykonos ou visiter les vestiges antiques d’Athènes.
Ni l’un, ni l’autre, ils viennent juste s’aligner vendredi matin à 7h au pied de l’acropole, avec 320 autres ultrarunneurs pour tenter de rallier Athènes à Sparte. Ils devront parcourir les 246km avec 2800m de D+ en moins de 36h.
La préparation physique et psychologique entamée depuis de nombreuses semaines a renforcé leur détermination, il ne reste plus qu’à prendre le départ.
Après avoir récupéré notre voiture de location, non sans mal car Laurence a oublié son permis, nous nous dirigeons vers l’hôtel LONDON à GLYFADA.
Gérard avait eu la bonne idée d’emmener son GPS, super on ne se perdra pas. Ces outils informatiques sont très efficaces si les bonnes informations y sont rentrées. Et là nos affaires se compliquent. Nous allons voyager au cœur d’Athènes empruntant les plus petites rues existantes, un coup à droite, un coup à gauche, du vrai tourisme dans une circulation assourdissante. Je joue des « coudes » pour suivre Cathy, au bout de 30’ je n’avais déjà plus de point sur mon permis !!! Notre « guide » termine son trajet dans un quartier isolé loin du bord de mer, nous sommes paumés. En réalité, l’adresse indiquée dans le GPS est l’ancienne de notre hôtel. Nous repartons et apercevons enfin l’acropole, mon sens de l’orientation prend le pas sur le GPS et nous ne tardons pas à retrouver le bon chemin. Il nous aura fallu presque 3h pour faire 30km, notre séjour commençait bien.
Jeudi 24 septembre 10h30 :
Briefing pour les français organisé par R.ROUX (9 Spartathlon finis à son actif, respect) autour de la piscine de l’hôtel. Bonne
occasion pour mettre un nom sur chaque participant et d’écouter les conseils éclairés de Roland. L’après-midi sera consacré au repos et aux derniers réglages.
Briefing
Roland Roux et Gilles Pallaruelo, 9 Spartathlon terminés chacun, bravo messieurs
Après les photos d’usage, les « guerriers » s’élancent pour de nombreuses heures avec le secret espoir d’embrasser le pied du soldat LEONIDAS trônant sur la place de SPARTE. Le ciel est
dégagé, la journée s’annonce belle et chaude.
Les français avant le départ au pied de l'acropole
Les chamois du Nivolet
Je décide d’appliquer les conseils de Gilles Pallaruelo (8 Spartathlon finis) et Gérard Segui (1 Spart terminé) en partant doucement. Je ne dépasse pas la vitesse de 10.5km/h afin de ne pas me
cramer trop vite.
Je suis dans ma bulle les 20 premiers km car nous courrons dans un trafic intense au milieu d’automobilistes jouant en permanence du
klaxon.
La détermination est là
Canal de Corinthe km 80
Le temps de passage au marathon (4h12) est en adéquation avec mes prévisions maintenant les délais vont se détendre, donc je ralentis encore un peu et me cale à 9km/h. J’arrive au CP22 de
Corinthe (81km) en 8h50.Tout va bien, Eric arrivé 10’ avant moi se fait masser, J.B Jaouen se ravitaille l’air pensif. J’avale pâtes, riz au lait, le tout arrosé d’un coca bien frais. Je pioche
ensuite pendant 20 km car mon estomac a du mal à accepter cet afflux de nourriture. Laurence me secoue à l’ancienne Corinthe (km93) en me disant que si j’abandonne, je rentrerai en bus !!
J’ai connu le bus en 2005 et je n’ai vraiment pas envie de retenter l’expérience.
Les sensations commencent à revenir à l’approche de ZEVGOLATIO (km102) où de nombreux coureurs ayant jeté l’éponge un peu plus tôt m’encouragent. Merci à Marianne, Philippe, Roland, René et Thierry qui m’ont boosté et permis de repartir remonter à bloc.
Avec la baisse des températures et l’arrivée de la nuit, je me sens des ailes. Je rejoins Eric quelques km avant Néméa (km124) que nous atteignons en 14h52.
J’enfile les manchettes, me ravitaille légèrement et repars avec 1h d’avance sur le timing. Après 2km de montée, je retrouve un profil plus avantageux jusqu’au pied de la montagne (km150).
Les jambes tournent bien, trop bien car je force dans la montée de KAPARELLI (km154) et ai du mal à récupérer mon souffle. Je me calme
car la route est encore longue. Je rejoins et dépasse Katell, Marc et Albert. Le passage tant attendu de l’échelle du Bey (col de Sangas) arrive, les lumignons ainsi que les lampes clignotantes
indiquent le chemin, impressionnant.
L'échelle du Bey de jour km 159
J’attaque le sentier avec un coureur suisse, nous franchissons le sommet après 25’ d’ascension maintenant place à la descente, la prudence est de mise car de nombreuses pierres glissent sous nos
pieds.
Samedi 26 septembre 5h50 :
J’arrive à Nestani (km172), Laurence, Marianne et Philippe sont là, eux non plus n’ont pas dormi, leur soutien m’est précieux, merci. Je repars avec 1h30 d’avance. 30km de plat s’offre à moi mais malheureusement, je ne peux reprendre la course et me résout à marcher vite pendant presque 6h.
Albert a retrouvé des jambes et me dépasse facilement au km202. Je l’avais encouragé dans la nuit à continuer, il a bien fait de persister.
La pluie a fait son apparition et les températures sont douces. Je profite de cette combinaison pour me relancer et retrouve mon « fan club » au restaurant Ardamis (km 212). Je prends mon temps pour me ravitailler et enfiler une veste. Mon avance est descendue à 1h20 mais rien de catastrophique, je vais nettement mieux et trottine. La proximité de l’arrivée décuple mon envie de courir, j’ai l’impression d’être sur un nuage mais je ne m’enflamme pas. Je me suis fixé le km 222 à atteindre avec 1h minimum d’avance, j’y passerai avec 1h30 d’avance et des yeux embués de bonheur. Je double en permanence des concurrents, plus j’avance et plus je m’imagine dans cette dernière ligne droite. Nous descendons en permanence, les jambes vont bien et le moral est au plus haut.
VOUTANIOL km 237, dernier point où l’assistance est autorisée, sera l’occasion de retrouver Laurence qui aura été d’un soutien important, toujours aux petits soins avec moi. Ce n’est pas facile d’être accompagnateur sur une telle épreuve, elle m’aura permis de ne douter en aucun moment et de terminer la course, merci beaucoup.
J’en profite pour enlever les habits superflus, me nettoyer la figure (il faut être beau sur la photo finale !!), prendre mon
drapeau tricolore et faire une photo avec Emmanuella, compagne d’Alessandro PAPI, coureur italien qui va terminer son 3ème Spartathlon.
Quelques étirements
Emmanuella PAPI au km 237
Les 9 derniers km ne seront que du bonheur à l’état pur, l’émotion m’envahit, je continue ma progression sur Sparte, plus rien ne peut m’arriver. Je m’arrête au dernier ravito pour ajuster ma
tenue, je suis sur une autre planète, il ne reste que 2 km. Un jeune spartiate en vélo vient à ma rencontre pour m’indiquer le chemin, une petite Marie courre quelques mètres avec moi. Je tourne enfin à droite et aperçois tout au fond l’arrivée. Je n’ai mal nulle part, j’avance tel Tom HANKS dans Forest Gump mon drapeau sur les
épaules. Il ne reste plus que 200m, Gérard, ayant déjà terminé (32h), me donne l’accolade, Laurence est là, je ne vois que cette statue qui a hanté si souvent mes rêves.
Quel bonheur!!
Depuis le temps que j'attendais ce moment, je
savoure mon arrivée
J'ai enfin eu la couronne d'olivier
J’embrasse le pied de LEONIDAS sans émotion particulière et Laurence qui aura été un soutien sans faille.
Je reçois ma couronne d’olivier sauvage comme à Olympie et bois un peu de l’eau du fleuve sacré Eurotas. Il faut maintenant se diriger vers la tente médicale où un nettoyage des pieds sera effectué.
Quelques minutes plus tard, c’est au tour d’Eric de franchir la ligne d’arrivée tel un guerrier sur un champ de bataille.
Je suis fier d’avoir terminé cette épreuve mythique et ai une pensée pour tous ceux qui n’ont plus la chance de courir.
Nous étions 3 chamois au départ et 3 à l’arrivée, notre détermination à terminer cette course nous a permis de franchir tous les
obstacles.
Quelles sont belles ces spartiates
Un peu fiers quand même!
Pas belle la vie
Tout ça pour ça!!
Lundi 28 septembre :
Journée en scooter sur l’île d’Egine où nous nous sommes baignés. Nous avons déjeuné dans un petit resto bien typique
que connaît Roland. Une succession de plats tous aussi succulents les uns que les autres a calmé notre faim.
Arrivée à Egine
Laurence, Thierry et René
Un peu froide quand même
La soirée était réservée à la cérémonie de clôture organisée dans les salons d’un grand hôtel proche de la place Syntagma. Chaque coureur était appelé pour recevoir une médaille, un diplôme ainsi
que des photos. J’ai réalisé seulement à cet instant précis que j’étais un héraut, seuls 133 coureurs auront cette chance.
Cathy, Laurence en compagnie d'un irlandais
Repas de clôture
Remise de la médaille de la course
Mardi 29 septembre :
Toutes les bonnes choses ont une fin, le retour en terre savoyarde est proche. C’était sans compter sur la malhonnêteté d’un grec qui m’a dérobé ma pochette avec passeport, carte d’identité, CB, portable…J’aurais préféré refaire le Spartathlon que de subir toutes les conséquences de ce vol. Après des heures de négociations, d’échanges téléphoniques, nous pourrons obtenir un laisser passer au consulat de France et racheter de nouveaux billets d’avion. Heureusement que nous avons eu l’aide de Cathy et Gérard qui grâce à leur organisation possédaient les coordonnées nécessaires à nous sortir de ce pétrin. Si nous avions du attendre l’aide des grecs, nous y serions toujours.
Nous sommes donc rentrés avec une journée de retard, fatigués de cette mésaventure mais contents de retrouver le sol français.
Classement :
Le vainqueur Ryoichi Sekiya avec l'ambassadeur du Japon
Thibaud
Vendredi 25 septembre 07h, pied de l’acropole :
| Février 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
|
||||||||||