Texte Libre

Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /Nov /2009 16:57

 
















Petit récit de ce qui aurait pu être un moment fort de ma vie de sportif et qui n'en reste pas moins un excellent souvenir mais aussi une leçon.

 

Me voilà rentré depuis quelques jours de l'île de la Réunion et je me décide à prendre la plume pour vous faire part de ma déception de n'avoir pu aller au bout de mon challenge: terminer la diagonale qui relie Saint Philippe à Saint Denis et qui est nommée « la diagonale des fous ».

Peut être que partager avec vous ces quelques lignes m'aidera à passer à autre chose et à relativiser cet échec, qui cela dit en passant est le premier de ma « carrière » de coureur à pied.

Il est vrai que la programmation de 3 grandes courses sur 6 mois était utopique, pourtant je le savais mais je voulais essayer...Pourquoi? Pour prouver quoi? Peut être pour démontrer que l'on peut toujours en faire plus. Finalement c'est complètement stupide car on rentre dans une spirale où la santé, que l'on défend pourtant dans notre association, est bafouée.

 

Saint Philippe cap méchant, île de la Réunion, jeudi 22/10/09:

Il est 22H30 lorsque je me décide enfin à m'extraire de la voiture de mon frère pour aller pointer au départ de cette course, que je classe, dans la difficulté, au sommet des courses de montagne. Il tombe depuis 1h3O des trombes d'eau et je suis à peine sorti du véhicule que je suis complètement rincé. Les tentes de pointage et du p'tit déj. sont bondées et si je pensais m'abriter là en attendant l'heure, je déchante vite, J'avale un thé et armé d'un sac poubelle, que la providence me met entre les mains, je rejoins la ligne de départ.

Les ¾ h d'attente sous cette pluie tropicale sera une épreuve avant l'heure, personne ne décoincera les dents...cette fois l'ambiance n'y est pas.

A minuit la pluie redouble d'intensité et nous partons, de l'eau jusqu'aux chevilles et les vêtements gorgés d'eau, pour 150 km à travers les montagnes réunionnaises. Je crois que d'avoir pris le départ dans ces conditions est une victoire sur soi!

Les 16 premiers km de la piste forestière s'élevant doucement dans les champs de cannes à sucre sont transformés pour le coup en un véritable torrent de montagne et sont avalés en 1h30.

C'est à ce moment précis que la pluie cesse, je suis passé, sans m'en rendre compte tout de suite, au dessus des nuages. J'attaque le rude sentier qui s'élève droit dans la pente jusqu'à Foc- Foc (environs du volcan) 7kms 1700m+. En sortant de la forêt j'aperçois le ciel étoilé, je suis aux anges car je sais que la partie météo est gagnée pour moi si j'arrive à respecter ma marche horaire...

Les 50 premiers km seront finalement assez roulants, mis à part les 7kms de Foc Foc, je crois avoir couru les 43 autres. Les sensations sont bonnes et les douleurs que je redoutais avant le départ ne sont pas de la partie.

Je remonte la course: de 57ème au km 40, je pointe 39ème à Cilaos km69 où j'accuse un retard de 30' sur ma marche. Retard du à une mauvaise évaluation de la longue montée à la caverne Dufour(refuge du piton des neiges) lors de la reconnaissance du parcours sur la carte.

Je ne resterai à Cilaos, qui est un poste important de la course, qu'une bonne dizaine de minutes, juste le temps d'un petit massage et de recharger le sac.

Tout va bien. Je suis heureux de repartir pour la seconde partie du parcours, la plus difficile mais aussi la plus belle. Le parcours empreinte les sentiers du cirque de Mafate, zone sauvage et isolée de l'île! A cet endroit et pendant 50 km, il n'y a aucun accès routier. Si tu abandonnes, tu te débrouilles pour sortir du cirque par tes propres moyens: à savoir tes jambes (sauf bien entendu cas extrême de santé où dans ces circonstances l'hélico est toujours envisageable, chaque village possède une Drop Zone).

Je franchis le col du Taibit (porte d'entrée dans le cirque de Mafate) et c'est en descendant sur le village de Marla que je ressens une douleur au genou gauche qui en fin de descente me gène pour plier la jambe. Après Marla, pour rejoindre le poste de trois roches, la douleur est là mais je peux courir car il n'y a pas de grosses descentes raides. C'est après que ça se gatte, notamment avant l'arrivée à Roche Plate où je pointe 31ème. En repartant du village une rude descente tout en marche me fait prendre conscience que la course va, pour moi, se terminer quelque part dans Mafate...

Je suis, pour la première fois depuis que je pratique la compétition, immobilisé au bord d'un chemin par une douleur!!!ça me paraît insensé!!!

Après 10' d'arrêt pour évaluer la blessure et la situation, je décide de rebrousser chemin(de Roche plate je pourrai sortir de Mafate par le Maido par un chemin long de 9kms et 900+). En chemin je rencontre 2 bénévoles qui essayent de me convaincre de continuer, mais je tiens tête et je continue ma remontée vers Roche plate et c'est finalement un coureur qui me dissuadera de poursuivre. Je reprends donc en sa compagnie la descente à cloche pied et en serrant les dents. Les paysages sont à couper le souffle et c'est ce qui me fera tenir jusqu'au poste du village de Grand place. La descente sur ce village me fera renoncer définitivement à poursuivre la course. Km 103, je rends mon dossard, je suis 39ème...

C'est consternant, après mon premier arrêt je n'ai vu aucun coureur revenir pendant 3/4h...j'étais dans une forme olympique et j'avais fait un gros travail sur moi pour accepter une deuxième nuit en montagne...je crois que sans cette fichue blessure j'avais le potentiel pour rentrer dans les 15 du classement, et pourtant impossible de plier la jambe!

Puisque c'est terminé, je me fais inviter par les bénévoles à partager un excellent carry massalé. Je fais d'ailleurs connaissance avec un gendarme du PGHM de St Denis, originaire d'Albertville et ayant occupé un poste à Chamonix. Nous échangeons longuement sur la montagne et l'escalade, puis il ne me reste plus qu'à passer la nuit à Grand place. En effet pour rejoindre le poste de 2 bras, via un raccourci, je dois emprunter un chemin escarpé qui de nuit et sans carte me paraît peu prudent.

C'est donc à même le sol, enroulé dans ma couverture de survie que j'attendrai que le jour se lève.

5h du mat, j'avale un thé et une barre de céréales et je reprends le chemin vers deux bras. Environ 7km de descentes en dents de scie, mais quelle splendeur ces paysages. Je prends tout mon temps, je suis seul perdu au milieu de nulle part et j'en oublie presque mon abandon. Moment intense et privilégié avec la nature...

1h30 plus tard je suis au poste qui est tenu par des militaires. J'avale un petit déj bien mérité et je me fais raccompagner en 4x4 (16kms de piste dans la rivière de galets avec passages à gué, de l'eau jusqu'aux portières)jusqu'au premier accès routier. Je termine en stop jusqu'à Saint Denis.

 

Je ne pensais pas que ce serait si difficile d'abandonner, je resterai déçu et amer plusieurs jours.

Mais je n'ai pas le droit de me plaindre car une tendinite ce n'est vraiment pas grand chose  comparée à la cause pour laquelle les chamois du Nivolet sont engagés.

Je songe d'ailleurs fréquemment aux personnes qui se battent tous les jours contre la maladie ou plus simplement pour leur propre survie et tous mes petits soucis égoïstes m'apparaissent alors bien dérisoires.

Bruno

Par les chamois du NIVOLET - Publié dans : COMPETITIONS
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